Réussir son compost maison sans odeur après plusieurs échecs

Compost maison sans odeur, base d'un amendement du sol pour un potager bio en zéro déchet

Un compost qui empeste l'œuf pourri et un compost qui sent le sous-bois après une averse partent pourtant des mêmes épluchures de carottes et des mêmes tontes de pelouse : ce qui change, ce n'est jamais la matière, c'est la façon dont on l'empile. C'est le premier malentendu à corriger avant de parler de compostage maison : beaucoup de gens pensent qu'un peu de puanteur, c'est le prix normal à payer pour fabriquer son propre amendement du sol et faire un peu de zéro déchet dans un potager bio. C'est faux, et ça m'a valu un été entier de noms d'oiseaux avant de m'en rendre compte.

Petite précision avant d'aller plus loin : certains liens de cet article sont des liens d'affiliation. Si vous achetez une méthode par ce biais, je touche une commission, sans supplément pour vous. Je ne recommande que ce qui tourne vraiment dans mon jardin, pas ce qui fait joli sur une fiche produit.

Non, un compost maison qui pue n'est pas une fatalité

Chez moi, la légende disait que composter, ça revenait à jeter les épluchures dans un bac et à attendre que ça se transforme tout seul. Pendant des années, j'ai suivi cette version paresseuse du compostage maison, et pendant des années, mon bac a surtout produit des mouches et des regards noirs de mes voisins. Un soir d'octobre particulièrement humide, en soulevant le couvercle, je suis tombé sur une bouillie noire, compacte, presque asphyxiée. Ça grouillait de moucherons et l'odeur avait de quoi faire fuir n'importe qui, mouches comprises.

L'erreur, avec le recul, tenait en un mot : le vrac. Je balançais tout sans réfléchir à l'équilibre, et ma pire idée a été de vider d'un coup un sac entier de tontes de pelouse humides. Ça a formé une galette gluante, une sorte de feutre imperméable qui bloquait l'air. Impossible à retourner, dur comme du béton mou. L'herbe coupée, c'est une bonne matière première pour le compost, mais en tas épais de vingt centimètres, ça devient un problème biologique plutôt qu'une ressource.

Tontes de pelouse fraîches et feuilles mortes mélangées pour équilibrer un compost maison

Remarquez, je ne suis pas à un ratage près. La même saison, j'avais planté mes courgettes contre le mur nord du bout de jardin, persuadé que ça les protégerait du vent — résultat, une seule courgette récoltée de tout l'été, pendant que celles des voisins débordaient des cageots. Le compost n'était pas seul en cause dans mes histoires de jardin qui tournent mal.

Au marché du samedi, place Francheville à Périgueux, j'en parle parfois avec Jean-Pierre Garrigue, un maraîcher du coin qui connaît encore des noms de variétés de tomates que plus grand monde ne prononce. Il m'a un jour lâché, entre deux clients, que la moitié des gens qui abandonnent le compostage le font à cause de l'odeur, jamais à cause du reste.

D'où vient vraiment l'odeur de soufre ?

Privé d'air, un compost ne se décompose plus : il pourrit. C'est ce qu'on appelle la décomposition anaérobie du compostage, et c'est elle qui produit ce mélange de méthane et de sulfure d'hydrogène qui sent l'œuf pourri à dix mètres. Rien à voir avec une fatalité du compost maison : juste un problème d'oxygène, réglable avec une fourche.

Ça change tout dans la façon de voir son bac : pas une poubelle qu'on referme, mais un mélange qu'on doit doser à peu près comme une recette. On entend parler d'un ratio carbone-azote bien précis, mais pour un jardinier du dimanche, la version utile tient en une phrase : une dose de vert pour une dose de brun, sans sortir la balance. Le vert, ce sont les épluchures de carottes, les restes de salade, le marc de café — l'azote, le carburant. Le brun, c'est le carton de livraison sans encre ni scotch, les feuilles mortes bien sèches, la paille — le carbone, la charpente qui laisse passer l'air.

Petit espace, petit bac : est-ce vraiment impossible en ville ?

C'est justement là que le mythe fait le plus de dégâts : beaucoup de gens en appartement, ou avec un simple bout de terrasse, renoncent au compost maison par peur de l'odeur, persuadés qu'un petit bac dans un espace fermé sent forcément plus fort qu'un grand tas au fond d'un jardin. C'est plutôt l'inverse la plupart du temps : un petit volume mal équilibré pue autant qu'un grand, mais un petit volume bien équilibré ne sent quasiment rien, justement parce qu'il y a moins de matière à mal gérer.

J'avais cette peur-là aussi, au début : si l'odeur ne partait pas, c'est tout le projet de potager familial qui finirait à la déchetterie pour éviter les plaintes de la copropriété. Un sol vivant, ça se construit aussi bien dans un bac de vingt litres sur un balcon que dans un tas au fond d'un jardin — la taille n'a jamais été le vrai problème.

Aérer le tas plutôt que le laisser suffoquer

L'air, c'est gratuit, et c'est aussi le seul vrai outil contre les mauvaises odeurs. Retourner le tas avec une fourche, ou une petite griffe pour un bac de balcon, permet à l'oxygène de circuler et empêche la fermentation anaérobie de reprendre le dessus. Un matin d'hiver, en enfonçant ma fourche au cœur du tas, j'ai vu une épaisse vapeur s'échapper alors qu'il gelait dehors — et en y posant la main gantée, une chaleur presque brûlante. C'est la phase où les bactéries travaillent si fort que le centre du bac chauffe fort, au point de faire fondre le givre tout autour.

Cette chaleur-là n'est pas un problème, contrairement à ce qu'on pourrait croire en voyant de la vapeur sortir d'un tas de déchets de cuisine en plein hiver. C'est plutôt bon signe : les graines de mauvaises herbes n'y survivent pas, et c'est aussi le signal que le compost ne sentira plus rien d'autre que l'activité normale d'une terre qui travaille.

Poignée de compost mûr et sombre, prêt à devenir un amendement du sol naturel

Le test du nez et de l'éponge, mes deux seuls outils

Pas besoin de matériel compliqué pour savoir où on en est. Une poignée de compost qui coule entre les doigts est trop humide — direction le carton déchiré. Une poignée sèche comme de la paille manque d'eau — un peu d'arrosage suffit. Entre les deux, la texture doit ressembler à une éponge essorée, ni détrempée ni friable. Et découper petit aide toujours : plus les cartons sont déchirés et les trognons de chou coupés, plus les bactéries ont de surface à attaquer, un peu comme un steak qu'on mange plus facilement en morceaux qu'en un seul bloc.

L'automne dernier, en arrachant un vieux pied de tomate en fin de saison dans la partie du jardin nourrie au compost mûr, j'ai tiré sur une racine qui n'en finissait pas — elle plongeait à plus d'un mètre dans la terre, bien plus profond que je ne l'aurais cru possible sur mon sol. Ce genre de racine-là vaut toutes les explications sur le rapport carbone-azote.

Fourche posée contre un bac à compost maison un matin de gel, prête pour l'aération

Ce qu'un bon compost change dans le reste du potager

Depuis que ce dosage vert-brun est devenu un réflexe, je n'achète plus un seul sac de terreau en jardinerie, et le potager a clairement changé de dimension. Cet apport régulier a aussi sa place dans une rotation des cultures, même si c'est un sujet en soi, et il colle mieux avec un calendrier de semis et de récolte que quand je l'épandais au hasard. C'est aussi ce qui me permet d'enchaîner des cultures de succession sans laisser la terre se reposer trop longtemps entre deux plantations.

Ces tontes de pelouse qui posaient problème au départ viennent d'un gazon que je n'arrose ni ne traite, ça fait partie de la même logique d'entretien sans intrant chimique. Et quand les tomates ou les courgettes arrivent toutes en même temps, le compost donne au moins un endroit utile pour ce qui ne sera pas mangé à temps ni conservé — la gestion d'une avalanche de légumes, c'est un problème à part entière, presque plus stressant que celui de l'odeur.

Le compost ne remplace pas tout, mais il change la donne

Après six ans à corriger mes propres bêtises de jardinier amateur, je garde ce compost comme la base la plus rentable de tout le potager — plus rentable, à mes yeux, que n'importe quel sac de terreau acheté en jardinerie. Pour ceux qui veulent structurer tout le reste, du semis à la récolte annuelle de pommes de terre que je vise chaque année, un bon compost pèse autant qu'une bonne méthode de départ.

Ceci dit, un compost, même réussi, ne rattrape pas tout : si le sol en dessous est mort ou tassé, ni le compost ni les engrais verts n'y changeront grand-chose tant qu'on n'a pas retravaillé la base. J'en parle plus en détail dans mon article sur comment préparer sa terre de potager naturellement, pour ceux qui partent d'une terre vraiment fatiguée.

Panier de légumes du potager bio à côté d'un tas de compost fertile, zéro déchet

Si l'odeur vous a longtemps retenu, c'est peut-être le bon moment de vous y remettre : je continue de recommander la méthode 300 kg de fruits et légumes par an au potager — c'est ce qui m'a fait passer d'un jardinier qui tâtonnait à quelqu'un qui distribue des cageots de courgettes à tout le quartier. Un compost qui tourne bien change plus de choses dans un potager bio que la plupart des astuces qu'on trouve en ligne, et la méthode 300 kg de fruits et légumes par an reste, avec ce compost en appui, ce qui a le plus structuré mes rangs ces dernières années. Et si les limaces profitent de votre sol enfin vivant pour tout dévorer avant vous, j'ai rassemblé mes solutions contre les limaces dans un autre article — un problème à la fois.

Allez, j'y retourne : j'ai une brouette de feuilles mortes à incorporer avant que la pluie de demain ne détrempe tout.